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Réhabilitation d'une habitation à Versailles, France

Réhabilitation d’une habitation à Versailles, France

L’Atelier Delalande Tabourin, se démarque par une approche expérimentale de l’architecture, privilégiant la matière locale et le réemploi. Sa réhabilitation d’un bâtiment à côté de Paris intègre des rebuts de briqueterie trouvés sur place pour créer une matérialité unique tout en conservant l’histoire et l’authenticité du lieu.

L’Atelier

Fondé en 2017, il se positionne sur une réflexion contemporaine et sensible de l’architecture en s’articulant principalement autour d’un travail singulier de la matière. Une démarche qui a récemment valu à l’agence d’être récompensée par le ministère de la Culture français en étant nommée lauréate 2020 des AJAP (Albums des Jeunes Architectes et Paysagistes), concours biennal européen qui distingue les jeunes architectes et paysagistes européens de moins de 35 ans qui se démarquent par leur sérieux, leur force d’innovation et leur engagement, ainsi que ceux qui ouvrent de nouvelles pistes de réflexion sur l’architecture et le paysage de demain. ADT est animé par une profonde volonté d’expérimenter sur les textures, couleurs, lumières, bruits, odeurs, formes et volumes qui permettent à leur architecture de retranscrire l’ambiance ressentie du lieu. ADT privilégie l’usage de matériaux issus de la géologie locale ou de l’artisanat environnant, en apportant une attention toute particulière concernant leur possible réemploi. Tous les projets naissent d’une volonté de révéler la matière qui doit être, là où il faut, de révéler le génie naturel d’un lieu afin d’en obtenir des solutions énergétiques durables et bioclimatiques adaptées.

Une réhabilitation exemplaire à proximité de Paris

Le bâtiment à réhabiliter se trouve au cœur d’une zone résidentielle des années cinquante de la Ville de Versailles. Il est composé de trois planchers habillés en façade par six imposantes stèles de brique qui, grâce à leur verticalité et leur contraste de matérialité, viennent alléger l’aspect massif et cubique de l’édifice. La première séquence travaillée par les architectes fut celle de l’arrivée vers la maison. En créant dans le jardin une déambulation animée par un jeu de marches, d’assises et de terrasses, ils ont cherché à guider progressivement le visiteur vers les différents espaces d’entrées. La dernière marche étant la nouvelle grande terrasse, extension directe de la pièce de vie principale.

Photo 2 - Prototypes de béton-chamotté pour les sols ; Photo 3 - Tamisage de la chamotte broyée

Le diagnostic

Durant la découverte des espaces intérieurs du bâtiment existant, il fut constaté une ambiance bien sombre ainsi qu’une distribution des espaces peu lisible, isolant le large sous-sol inexploité et déconnectant les espaces de vie du généreux jardin périphérique. Afin de répondre à ce diagnostic spatial peu optimisé, les architectes d’ADT ont imaginé quatre interventions architecturales consistant en quatre grands puits de lumière venant perforer les planchers existants afin d’éblouir de matière l’ensemble des niveaux. La présence de ces quatre interventions architecturales face à l’intérieur sobre et minimaliste du reste de la maison en fait des points de repères autour desquels les espaces s’articulent.

Un projet de recherche sur la matière

Travaillées à l’aide de co-produits de briqueterie francilienne, ces interventions se veulent comme le prolongement matériel des stèles existantes, tel un clin d’œil contemporain et responsable au déjà-là. Cette matérialité « béton-chamotté » est le résultat d’un long processus de recherche initié dès la phase « diagnostic ressource » avec Anna Saint-Pierre, designeuse, chercheuse en réemploi et collaboratrice sur ce projet : « Lors de la visite de la briqueterie DeWulf, nous avons rapidement été interpellés par un immense tas de rebuts appelés « chamotte » ; ce co-produit correspond à toutes les briques invendues, malformées ou trop cuites qui sont ensuite concassées au sein du site industriel. Dès lors, il a paru évident que nous devions nous saisir de ce gisement comme base matérielle pour notre projet. S’ensuivit une longue série de tests et de prototypes en collaboration avec les entreprises Cemex et Sols, notamment pour les choix de granulométrie des sols intérieurs et extérieurs. En effet, en parallèle de nos puits verticaux, nous avons souhaité jouer sur la densité de chamotte dans les sols afin de subtilement indiquer aux usagers les différentes séquences spatiales ».

Conserver l’histoire du lieu

Avec cette même matière de rebuts, ADT a souhaité révéler l’ancienne organisation intérieure du bâtiment en faisant, par exemple, ressortir dans les pièces les traces des anciennes cloisons, ou en réutilisant les sols travertins existants du salon en éléments décoratifs.

Textes originaux et photographies : © ADT – Atelier Delalande Tabourin, Anna Saint-Pierre et Maxime Delvaux ; dossier de presse : Metropolis Communication ; adaptations : Régis Bigot, Architecte & Innovation Project Manager, Neobuild GIE

Extrait de Néomag#63

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Publié le jeudi 4 juillet 2024
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